Retour Dakar 2026 : L’étape la plus dangereuse n’était pas dans le désert…

Je dois te raconter l’aventure incroyable qui m’est arrivée sur le trajet retour du Dakar 🏜️🚙💨

Le vol prévu était en 3 étapes :

08:35 Riyad -> 10:25 Le Caire (Nile Air)

12:10 Le Caire -> 15:40 Marseille (Transavia)

19:05 Marseille -> 20:40 Luxembourg (Ryanair)

Entre le premier et le deuxième vol, j’avais une bonne heure et demie de battement.

Une heure et demie, c’est beaucoup. Pour un déplacement en avion, c’est peu.

Après un voyage animé entre Riyad et Le Caire (gens qui mettent 1h à embarquer, bagages énormes qui rentrent dans les casiers après moult efforts, gens qui choisissent au hasard leur siège, hôtesses de l’air qui essayent de remettre tout le monde à sa place, 2 mecs qui se disputent pendant le vol, les hommes autour qui intervient pour les calmer, et enfin, l’avion à peine atterri et encore en train de freiner sur la piste il y en a un qui arpente le couloir pour aller chercher son bagage, les hôtesses de l’air l’engueulent pour qu’il retourne à sa place et attache sa ceinture, une fois l’avion arrêté hop tout le monde dans le couloir pour attendre 10 minutes de pouvoir descendre), j’arrive un peu en retard.

On nous débarque à l’aide d’un escalier roulant. Tu sais, comme dans les albums de Tintin. En bas, un bus nous attend. Il est quasiment plein, je me dis chouette, je prends le premier bus, ça va m’aider pour mon transit car je n’ai plus qu’une heure. Les portes se ferment derrière moi (ce qui est pratique parce que je serai le premier à descendre) le bus démarre.

J’arrive dans un petit terminal de l’aéroport du Caire (j’apprendrai par la suite que c’est le terminal 1 hall 3), tout le monde se dirige vers la sortie où il faut présenter son passeport ainsi que son visa pour entrer en Égypte si on est étranger (mon cas). Je me doute bien que ce n’est pas par là que je dois aller, j’entreprends de me renseigner auprès d’une dame avec un gilet jaune marqué « Terminal Coordination » dessus.

Je lui montre mon billet, lui explique que je suis en transit vers la France et lui demande comment rejoindre ma porte d’embarquement.

Lorsqu’elle voit l’heure du départ, elle me jette un regard dubitatif. Elle me dit de m’asseoir sur les bancs de la zone de transit derrière un policier, et qu’un bus va arriver dans 5 minutes pour m’emmener à mon terminal.

5 minutes, pas de bus, 10 minutes, pas de bus, 15 minutes… tu as compris.

Au bout de 20 minutes, je retourne la voir. Elle m’accueille comme si c’était la première fois qu’elle me voyait 🙃

Je lui ré-explique mon cas, elle acquiesce et commence à avoir un langage corporel sans ambiguïté. Toute gênée, elle me dit que ça va être difficile.

Derrière elle, il y a un petit comptoir. Une femme vient d’arriver, elle aussi avec un gilet jaune « Terminal coordination », ça semble être la cheffe. Bingo !

C’est bien la cheffe de l’équipe de coordination. Je lui explique mon cas, en voyant le temps prévu entre les deux vols elle commence à s’énerver. Elle appelle quelqu’un, parle fort avec cette personne de manière véhémente (je ne comprends pas un mot d’arabe – ah si: Salam Aleykoum et Choukran). Elle discute ainsi pendant 3 bonnes minutes pour au final me dire de manière désolée: « pour un transit, il faut au moins 3 heures ! » 😱

Puis, d’un air agacé, elle s’en va. Je la vois disparaître entre les files de gens qui font la queue au contrôle des passeports. C’est la dernière fois que je la verrai.

Mon avion décolle dans 30 minutes. Je me retrouve planté là, dans ce petit terminal où il n’y a rien. Pas de comptoir de transit, pas de comptoirs de compagnies aériennes (et encore moins de la mienne, Transavia), et pas grand monde pour aider les voyageurs.

Ah si! Pendant que la cheffe partait, une collègue de la première femme est arrivée. Elle arbore elle-aussi un gilet jaune « Terminal coordination ». Je m’approche d’elle.

Une fois de plus, je lui raconte mon histoire. Elle me regarde d’un air désespéré : soit elle ne comprend pas mon anglais, soit elle sait que je suis cuit.

OK, elle ne pourra pas m’aider. Je n’en peux plus d’être bloqué dans ce hall, il faut que je sorte.

Là, un monsieur bienveillant qui a remarqué mon manège et a compris ce qu’il se passait, me dit « il faut que vous vous fassiez aider par quelqu’un de l’aéroport, ce n’est pas normal ce qui vous arrive » BEN QU’EST-CE QUE TU CROIS QUE JE FAIS LÀ ????

Je retourne donc à la première dame, qui m’accueille COMME SI C’ETAIT LA PREMIÈRE FOIS QU’ON SE VOYAIT. Je commence à lui ré-ré-expliquer mon cas, elle se souvient et commence à agir. Elle passe un coup de fil, sans succès, elle se dirige ensuite vers l’entrée du hall et parle avec plusieurs hommes. Je vais les voir.

L’un d’eux est habillé comme un pilote et parle un anglais parfait. Il me dit « pour ton vol c’est trop tard ». On est 20 minutes avant le décollage, vu qu’il faut que je change de terminal, TU M’ÉTONNES QUE C’EST TROP TARD !

Il me dit que le mieux que j’ai à faire c’est de prendre un nouveau billet pour un vol qui part plus tard. Il me demande si j’ai le WiFi avec mon téléphone, je lui dis que oui. Je le remercie et retourne sur les bancs de la zone de transit pour acheter un nouveau billet.

Petite parenthèse à propos de l’Internet en voyage: dans les pays d’Europe, nos forfaits français permettent d’accéder à Internet à l’étranger à moindre coût. Par contre, dès qu’on sort de l’UE, ça coûte CHER ! TRÈS CHER !

Pour mon séjour en Arabie Saoudite, j’avais acheté une eSIM sur Airalo, ça a bien marché, en plus j’ai pu utiliser le code promo JUSTINETBEE3 qui m’a fait 3€ de réduction et m’a apporté la satisfaction de soutenir mes chers collègues Justin et Bee, aventuriers voyageurs, abonnez-vous.

Mais le mieux, c’est d’avoir accès à un réseau WiFi gratuit. C’était le cas dans mon hôtel de Riyad, c’est aussi le cas dans cet aérogare miteux.

Le WiFi marche, super. J’achète un nouveau billet.

En bon papy de l’Internet que je suis, je commence par aller sur booking.com. Les vols que ce site me propose ne sont pas top.

Je demande alors à Gemini de m’aider. Comme le personnel de l’aéroport, Gemini est compréhensif et inquiet de ma situation, mais IL ME PROPOSE DES SOLUTIONS, LUI.

Il me trouve un super vol Lufthansa qui fait Le Caire -> Vienne -> Luxembourg. Il me dit d’aller acheter le billet sur Lufthansa.com directement, c’est mieux que Booking. Je m’exécute.

Quelques minutes plus tard, les billets sont achetés, j’ai reçu les e-mails de confirmation, je fais même le Check-in en ligne pour être sûr que c’est bon. Le départ est à 16h35, il est midi, j’ai plusieurs heures devant moi, ça va le faire.

J’ai un poids en moins sur les épaules, et 1098,05 € en moins sur le compte.

Me voilà donc, téléphone en main, en train de me diriger vers la coordinatrice (qui me reconnaît cette fois). Je lui montre mon nouveau vol, elle me dit que c’est très bien et qu’elle va appeler pour qu’on vienne me chercher.

Elle passe un coup de fil, puis revient vers moi pour m’annoncer (comme la première fois), qu’un bus va venir et elle me demande de retourner m’asseoir dans la zone de transit derrière le policier. J’ai juste l’impression de revivre le même CAUCHEMAR en boucle, mais je me dis que peut-être cette fois ça va aller et qu’un bus va effectivement arriver.

Et ça marche, 15 minutes plus tard un minibus arrive, elle m’accompagne pour me faire monter et donne des instructions au chauffeur. Je la remercie chaleureusement et me voici parti pour un tour en minibus privé ! 😊

Je me détends, explique vite fait la situation à ma femme, le bus roule, le chauffeur a l’air sympa, tout va bien. Il ne peut plus rien m’arriver d’affreux maintenant. Je pense à faire un selfie. C’est la dernière fois que je souris de bon cœur avant plusieurs heures…

Après 15 bonnes minutes de trajet en minibus dans les méandres de l’aéroport du Caire (le terminal 3 est LOINNN du terminal 1), le chauffeur, sympa mais qui ne parle pas un mot d’anglais, me drop devant une petite entrée. De nouveau un hall d’arrivée, un peu plus grand que le précédent mais sans plus. Ah si: je trouve le comptoir des vols de transit.

Je me dirige vers le gars le plus souriant, et lui explique mon cas: j’arrive de Riyad, j’ai raté ma correspondance, j’ai acheté un nouveau billet et je vais maintenant à Vienne puis Luxembourg (enfin j’espère).

Il me dit que là c’est les interconnexions locales. Pour l’international, il faut entrer par la petite porte vitrée bleue au bout du comptoir et qu’un agent va me recevoir. Je le remercie, me dirige vers la porte bleue, je rentre.

Là, il faut que je te décrive un peu la pièce. C’est une sorte de couloir avec près de l’entrée, un petit bureau et une chaise que je trouve vide. Un peu plus loin, un escalier en colimaçon qui monte et qui entoure un ascenseur. L’escalier comme l’ascenseur mène vers l’étage supérieur où se trouvent les départs des vols internationaux. Ça y est c’est bon, j’y suis presque. Un agent est dans l’ascenseur, les portes commencent à se refermer, il les retient et me propose de monter avec lui. Je me précipite, quand soudain il me demande si j’ai bien ma carte d’embarquement.

Je n’ai PAS de carte d’embarquement pour ce vol. Le check-in en ligne a bien fonctionné mais à la fin de la procédure, le site de la Lufthansa m’a informé qu’il faudra que j’aille faire imprimer ma carte d’embarquement à la porte d’embarquement correspondante. Basique, simple.

Du coup, il me dit de retourner au comptoir des transits pour qu’ils m’impriment ma carte d’embarquement. OK, facile, c’est un peu de ma faute, j’aurais dû lui dire, au gars sympa, que je n’avais pas de carte d’embarquement. Je retourne le voir.

Toujours avec le sourire, il m’explique qu’il ne peut pas imprimer ma carte d’embarquement parce qu’il n’est pas Lufthansa. Ok. Il me dit que seul l’officier de l’immigration derrière la porte bleue est à même de me faire passer dans la zone de départ internationale.

AH!  L’agent dont il parlait au début est en fait un OFFICIER DE L’IMMIGRATION putain de MERDE 😨

Mais il est où le gars? Je n’ai vu personne derrière le bureau.

Je retourne vers la porte vitrée bleue. Au travers, je vois effectivement un grand gaillard à côté du bureau sur un petit tapis par terre. Ok, il fait sa prière, je vais attendre qu’il ait fini. Tu me connais, je suis patient.

TRÈS patient.

Et de la patience, il m’en faudra.

En attendant qu’il soit disponible, je sors le téléphone de ma poche pour glander un peu sur Internet. Tiens: le WiFi gratuit de l’aéroport ne fonctionne pas ici. Bizarre. J’arrive à joindre le réseau, j’ai une adresse IP mais pas d’accès à Internet. Bon, je me dis que ce n’est pas grave, je ne vais pas rester longtemps ici.

La prière terminée, j’entre dans le couloir avec le meilleur sourire que je peux produire. L’officier de l’immigration est un homme grand, chauve, qui en impose, et malgré mes 1,90m je n’en mène pas large. Une fois de plus, j’explique mon cas. Il me demande de lui montrer mon vol. J’ouvre mes mails, ZUT: pas d’Internet. 

Si je ne peux même pas lui montrer les billets que je viens d’acheter, je suis foutu: je ne m’attends pas à ce qu’il me croie sur parole. Je suis toujours très prudent avec les billets: j’ai même dans mon sac la version papier du vol vers Marseille. C’est bien d’avoir pensé à les imprimer, mais ici ça ne me sert à rien.

Et là, ILLUMINATION: je me souviens que j’avais fait un screenshot. Hourra !🥳 Comme je me suis trouvé génial à ce moment là !

Je lui montre donc mon vol vers Vienne sur mon téléphone, ainsi que mon passeport. Il pose mon téléphone et mon passeport sur son bureau, regarde l’heure de départ de mon vol (16h35) puis l’heure à sa montre (12h47). Il dodeline de la tête et me dit: « OK, prenez vos affaires, sortez par la porte bleue et allez vous asseoir sur les bancs dans le grand couloir à côté. Dans une heure, je viens vous chercher. »

😱

UNE HEURE ?!?!?

Sonné par cette annonce, je m’exécute. Je lui demande de récupérer mon passeport et mon téléphone, je sors et m’assois sur le banc, dubitatif et le regard dans le vague.

Le cerveau commence à chauffer, fait des calcul, envisage tous les scénarios. Si je dois attendre 1h ici, je n’aurai plus que 2h pour atteindre l’embarquement. On a vu qu’en avion 1h30 c’est court, 2h c’est pas beaucoup mieux.

Surtout quand on ne sait pas où on est ! Au fait, est-ce que je suis bien au terminal numéro 3? Je n’ai vu aucun panneau 🫨

J’attends, donc. J’essaie de faire marcher le WiFi qui refuse de marcher. Comme je n’ai rien d’autre à faire, je parcours le hall dans lequel je suis, il est grand en fait. Mais tout comme le premier, il ne mène nulle part. Pour en sortir, c’est soit le passage au contrôle des passeports et visas, soit le passage devant L’OFFICIER DE L’IMMIGRATION.

Je suis fait comme un rat 🐀 

Je vais dans tous les coins du hall pour essayer de trouver un endroit où le WiFi marche. Rien à faire, il n’y a que moi qui marche ici.

Je repasse devant la porte vitrée bleue, tiens, il n’est plus là… Hummm… et si je prenais le gauche et que j’en profitais pour monter les escaliers ? Au dessus c’est la LIBERTÉ !

Ni une ni deux, me voici en train d’enjamber 2 par 2 les marches de l’escalier en colimaçon. J’aperçois l’étage supérieur. J’y suis presque ! Arrivé en haut, un petit couloir mène à la zone internationale des départs, et juste avant la porte, à gauche, se trouve un agent de sécurité. Il me demande immédiatement ma carte d’embarquement 😩

Tentative d’évasion échouée. Il m’escorte en bas des escaliers et me dit d’aller faire faire ma carte d’embarquement au comptoir des transits.  OUAIS MON GARS MERCI!

C’est pas comme si j’essayais depuis une heure d’avoir la carte d’embarquement pour mes billets que j’ai payé PLUS DE MILLE BALLES!

Je retourne au banc. J’attends quelques minutes mais c’est impossible pour moi d’être inactif dans cette situation. Je décide alors d’aller voir une fois de plus mon pote au comptoir des transits. Quand j’arrive, il est en train de manger un sandwich et il ne sourit plus du tout en me voyant. Énervé, il pose son sandwich, me ramène au banc, me dit d’attendre ici l’officier de l’immigration car il n’y a que lui qui peut me faire ma carte d’embarquement. Il va amener ce qu’il faut pour la faire, je n’ai qu’à attendre là.

Je viens de griller mon dernier allié. Zut, flûte, merde.

Me voilà prisonnier, dans un no man’s land administratif. Ni en Égypte, ni ailleurs. Je suis un naufragé des vols internationaux, perdu en transit et soumis au bon vouloir d’un représentant de l’administration.

Je me pose de nouveau sur le banc, allume mon téléphone qui ne me sert à rien sans Internet. C’est dommage, j’aurais aimé avoir quelques infos: où suis-je, où j’erre, dans quelle étagère ? Ce serait pas mal d’avoir au moins la confirmation que je suis au bon terminal.

Le moral n’est pas au plus haut. Je vois les minutes qui passent comme des secondes, je piaffe, je trépigne d’impatience. Et pourtant, tu me connais: de la patience, j’en ai.

Je ne veux pas revivre ce que j’ai vécu ce matin :  voir mon avion me passer sous le nez (et je ne l’ai même pas vu en plus).

Las, je décide de mettre en route les données cellulaires de mon forfait Orange. Je me dis « après tout, l’Égypte c’est l’Afrique du Nord, c’est un peu comme le Maghreb, on est proche, ça doit pas être si cher que ça. J’allume donc les « données cellulaires à l’étranger » de mon iPhone. L’icône « 5G » s’allume.

CATASTROPHE !

En littéralement 3 secondes, toutes les applications se connectent et vont récupérer des données sur Internet. Je reçois coup sur coup 2 SMS d’Orange: un pour m’avertir que je dépasse le forfait et que j’arrive au palier de 48€, un autre pour me dire que j’ai atteint la limite des 60€ et que la connexion 5G est maintenant bloquée.

SUPER. MERCI. GÉNIAL.

Pour débloquer, il faut se connecter sur un site dont on nous donne l’URL, à faire par Internet donc. Avec un WiFi qui ne marche TOUJOURS PAS 🤬

Abasourdi, je pose le téléphone, je regarde les gens passer devant moi, je me sens seul et perdu. Un monsieur qui galère vient me voir et me demande « WiFi? » je lui réponds « BROKEN ». Il part aussi dégoûté que moi. C’est fou comme en 20 ans, l’accès à Internet est devenu VITAL.

Sans Internet, je me laisse dépérir sur mon siège. Tout doucement, je fais ce que j’aurais peut-être dû faire bien avant: 

JE LÂCHE PRISE.

Je pense à ma chérie, sans nouvelles, qui doit bien s’inquiéter. Je ne m’inquiète plus pour moi, j’ai dépassé ce stade. J’attends juste que quelque chose se passe. Moi qui pratique un athéisme le plus pur, je fais un truc inimaginable pour moi: je m’en remets à dieu. Inch’Allah! Je me dis que je ferais bien de me prendre un tapis, moi aussi. À ce stade, je suis prêt à tout.

Plusieurs groupes de personnes entrent par la porte vitrée bleue, l’officier s’occupe d’eux. À un moment il passe près de moi, me montre du doigt et affirme « Vienna » je dis « YES! », trop content qu’il ne m’ait pas oublié. Une lueur d’espoir ?

À ce moment là, cela fait 45 minutes que j’attends. Il est 13h30, mon avion décolle dans 3 heures.

13h45, c’est l’heure. C’est MON heure. Je rassemble mes affaires et je vais me poster devant la porte bleue. Il y a exactement 58 minutes, l’officier de l’immigration m’a demandé d’attendre une heure. J’ai attendu, attendu, il n’est jamais venu, zaï zaï zaï zaï.

Je suis devant la porte. Son bureau est de nouveau vide. Je préfère rester dans le grand couloir où il m’a dit d’attendre plutôt que dans son petit couloir. Je ne veux pas lui mettre la pression, ma meilleure carte à jouer est de ne pas l’agacer. Une idée détestable commence à germer dans mon esprit tourmenté: et s’il attendait quelque chose ? On entend tellement d’histoires sur les « bakchich » nécessaires pour faire avancer les choses… Est-ce que je me fais un film ? Dans le doute, la panique me pousse à envisager l’impensable. Je vérifie mon cash… J’ai honte d’y penser.

Mais bon, pour pouvoir lui faire une proposition, encore faudrait-il qu’il soit là ! Le temps passe et il ne réapparaît pas.

14h. Ça fait un quart d’heure que j’attends, on est bien au delà de l’heure qu’il avait annoncée, il n’est toujours pas là.

14h, c’est ma limite psychologique. Il me reste moins de deux heures avant que mon embarquement ne commence. Dernière option: tenter de passer le contrôle des passeports et entrer en Égypte. Le pilote du terminal précédent m’avait dit qu’ils pouvaient délivrer un visa en ligne pour 24€.

Oui mais… en ligne… ça veut dire avec Internet. ET JE N’AI PLUS INTERNET !

En plus, je ne sais même pas si j’arriverai, avec le temps qui me reste, à entrer en Égypte puis repasser tous les contrôles pour accéder à ma porte d’embarquement. Ça craint. Je ne sais plus quoi faire.

En face du banc, il y a un hôtel. Il s’appelle « transit hôtel ». Je veux pas. J’ai pas envie de passer la nuit dans le transit hôtel.

SOUDAIN

14h05, après une heure et vingt minutes d’attente, mon officier apparaît 🤩 il est accompagné d’un petit homme. Il me dit « Voilà une personne de Lufthansa, donne lui ton passeport et suis-le » 😮

Je suis en état de choc! Je ne pensais pas que cela allait arriver ! Je remercie chaleureusement mon officier de l’immigration (tu as remarqué : maintenant c’est MON officier 👮‍♂️) je donne mon passeport à mon sauveur et le suis. On monte l’escalier en colimaçon, on passe devant le garde qui commence à demander ma carte d’embarquement. Mon sauveur l’interrompt en arabe et on sort.

Je ne sais pas comment te décrire la sensation quand j’ai passé cette porte. C’était irréel. Depuis 11h du matin j’étais bloqué dans des halls d’arrivée complètement glauques. Et là, on débouche direct dans les boutiques rutilantes du duty-free. Je suis guidé, que dis-je, escorté par un employé de la Lufthansa qui me fait passer par des endroits interdits. Tous les policiers et gardes nous ouvrent les barrières. Il m’emmène au check-in, on passe devant tout le monde. Il réquisitionne un agent et lui ordonne de faire ma carte d’embarquement. ENFIN !

14h10, j’ai non pas une, mais deux cartes d’embarquement dans la main. J’ai ce qu’il faut pour rentrer à Luxembourg. Quel soulagement ! 😅 

Au final cela aura pris 5 minutes. Et bonne surprise : je me rends compte que les billets que j’ai achetés sont en BUSINESS CLASS 😎

(Ok, ça explique le prix)

Mon sauveur me ramène aux boutiques du duty-free, il m’explique comment rejoindre ma porte d’embarquement: elle est à 5 minutes à pied. Enfin, il me dit qu’il y a du temps avant l’embarquement et que je peux en profiter pour faire du shopping. Du shopping ? Moi ? C’est mal me connaître. 

Je le remercie chaleureusement, il s’en va, JE FONCE VERS LA ZONE DE RESTAURATION.

Me voilà ENFIN LIBRE! Je trouve un petit resto sympa, je mets les pieds sous la table.

Le stress, ça m’ouvre l’appétit. Je commande une bière, je considère que je l’ai méritée. Je n’ai jamais autant apprécié une Heineken 😂

(à consommer avec modération)

Avec ça, un bon burger, ça requinque son homme!

Direction la porte F8. Cela fait des heures que j’attends ce moment. Ouf ! 😮‍💨 

J’embarque. Enfin. Et je retrouve le sourire 😊

Les annonces en allemand sonnent de manière familière à mes oreilles, je me sens à la maison. J’entre dans l’avion, rutilant et propre, et, comme toujours chez Austrian (filiale autrichienne de Lufthansa) on est accueillis avec la musique des valses de Vienne. Je n’ai jamais autant apprécié de les écouter ! 😄

Un ancien poème égyptien dit « Nil, Nil, Nil ! Fleuve impétueux et tumultueux. C’est toi, c’est toi qui donnes la vie sur la terre d’Égypte, aux plantes, aux bêtes et aux gens ! »

Moi je dis « Nil, Nil,Nil ! Fleuve impétueux et tumultueux. C’est toi, c’est toi qui a voulu me garder prisonnier sur la terre d’Égypte. Maintenant je te regarde, du haut de mon engin volant ! »

J’espère que ma mésaventure t’a bien fait rire.

La leçon à retenir c’est qu’il faut prévoir un temps très large pour les correspondances dans les grands aéroports internationaux. Les terminaux peuvent être éloignés de plusieurs dizaines de kilomètres. Passer de l’un à l’autre n’est pas facile, surtout lorsqu’on est hors zone Schengen et qu’on se trouve dans un pays sans visa pour y entrer.

Autre chose: ne pas partir du principe qu’on peut être connecté toujours et partout. Un petit glitch dans le réseau et hop, plus d’Internet. Donc toujours penser à faire des captures d’écran de choses importantes comme les billets, papiers d’identité etc…

On peut aussi retenir qu’on peut faire confiance aux gens. La plupart veulent aider et faire le bien autour d’eux.

J’espère que cette expérience te servira. En tout cas, moi je ne l’oublierai jamais !

Je te laisse, je dois aller faire ma prière. 🛐

17 réflexions sur “Retour Dakar 2026 : L’étape la plus dangereuse n’était pas dans le désert…”

  1. Chapeau. Cette histoire est très rock ‘n’ roll. En tout cas, tu as beaucoup de courage. Je ne suis pas sûre que j’en aurais fait autant. Je pense que j’aurais craqué ou bien avant.

  2. Eh beh !!! Quelle aventure !!! Je trouve que tu as quand même géré ça avec pas mal de sang froid, même si ça devait être bouillant à l’intérieur. Et en effet, c’est bien de partager ce genre d’expérience car ça va certainement servir à d’autres.
    Merci pour tous ces partages, que ce soit des tranches de vie ou de la mécanique. J’ai commencé à suivre ta chaîne en 2019 et aujourd’hui, j’ai eu le courage de me lancer dans la mécanique et de tenter une reconversion professionnelle. Je ne sais pas encore si cela va vraiment me convenir, ou si j’aime simplement faire de la mécanique chez moi et pour les proches, mais peu importe, ça m’a donné le courage de me lancer.

    Merci François pour toute ce que tu donnes aux gens.

  3. Bonsoir François. Je ne la sentais pas bien cette histoire de correspondances. Avec Booking c’est souvent la galère. T’aurais du prendre le direct que NRF avait proposé 😊, Quand j’ai vu ton choix j’ai compris que tu étais un aventurier. L’important est que tu sois bien rentré. Ça m’embête que tu aies du débourser 1000 €.

    • Salut Raphael,

      J’ai totalement merdé sur le coup là. Partir à 2h avec les autres était la bonne option: resto jusque 10h, retour à l’hotel pour faire ses bagages et départ pour l’aéroport à 11h30. Ca laisse le temps d’embarquer tranquillement puis de dormir dans l’avion.
      Pour je ne sais quelle raison, je me suis dit que je serais mieux à faire une dernière nuit à l’hotel. Il a quand même fallu que je me réveille à 5h pour partir à l’aéroport, donc nuit très courte et pas vraiment reposante.

      Au final, il m’aura fallu 21h pour faire le trajet. Et les 1000 balles que j’ai dû allonger: c’est le prix à payer pour apprendre de mon erreur. Je ne me ferai plus avoir (enfin j’espère 😅).

      Encore merci Raphael, je te recontacte bientôt par email.

      Bonne journée,
      François.

  4. MMMMMMM ça sent un peu le film d’espionnage ! GBRNR et le nid d’espion !
    C’est fou ce que l’on se sent bien seul en ces moments-là ?

  5. Bonjour François,

    Quelle affaire.
    Y a un moment quand tu as posé ton passeport et ton téléphone, je me suis dit : on est aux douanes US là, ça va se terminer en slip et un interrogatoire digne d’un cauchemar. (Avec fouille des données personnelles).

    Ce genre de mésaventure ne me donne pas du tout envie de voyager en dehors de l’Europe. C’est en partie pour cette raison que je n’ai pas de passeport.

  6. Quelle aventure ! En plus d être bon mécano, tu écris dans un français impécable. Dommage que tu ne sois pas passé par Marseille je t’aurais volontiers fillé un coup de main. Allez salut l’ami. Jérôme

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